Contester une amende pour téléphone au volant : les 4 étapes

Contester une amende pour téléphone au volant : les 4 étapes

Temps de lecture estimé : 8 minutes

Points clés à retenir

  • Ne payez jamais l’amende avant de contester, car le paiement vaut reconnaissance de l’infraction et annule tout recours.
  • La consignation de 135€ n’est pas un paiement, c’est une garantie obligatoire pour que votre dossier soit examiné.
  • Le délai pour contester est strictement de 45 jours à partir de l’envoi de l’avis de contravention.

Vous venez de recevoir un avis de contravention pour usage du téléphone au volant et vous cherchez à comprendre comment contester une amende pour téléphone au volant. C’est une situation que je rencontre toutes les semaines lors des stages de récupération de points que j’anime en Rhône-Alpes. La première réaction est souvent un mélange d’incompréhension et d’inquiétude. Vous avez 135 euros à payer et 3 points en jeu. La bonne nouvelle ? Il existe des motifs légitimes de contestation, et je vais vous les détailler étape par étape. Mais avant toute chose, rappelons ce que vous risquez vraiment.

Allons droit au but. L’infraction est définie par l’article R.412-6-1 du Code de la route. Ce texte est clair : il interdit l’usage d’un téléphone tenu en main par le conducteur d’un véhicule en circulation. Les sanctions, elles, sont codifiées. C’est une contravention de 4e classe. Concrètement, voici ce que cela donne.

Ce que vous risquezTéléphone tenu en mainAvec un autre dispositif (kit)
Amende forfaitaire135 € (minorée 90 €)Aucune (si usage sans tenir)
Retrait de points3 pointsAucun retrait
Suspension du permisPossible (jusqu’à 3 ans)Impossible
En cas de cumul d’infractionsRetrait de 6 points possible

Lors de mes années en brigade sur l’A6, j’ai souvent constaté la confusion des conducteurs. Beaucoup ignoraient que même à l’arrêt, moteur tournant dans une file, l’infraction est constituée. D’ailleurs, ceci n’est pas une consultation juridique. Pour un cas très spécifique, seul un avocat pourra vous conseiller sur une stratégie de défense individuelle.

Attention : Ne confondez pas l’amende pour téléphone et celle pour écouteurs/oreillettes. Un dispositif en oreillette unique (oreille unique) est aussi interdit depuis 2015. Un kit mains-libres intégré au véhicule (Bluetooth, commande vocale), lui, est parfaitement légal.

4 motifs qui peuvent aboutir à une contestation

Contester un PV pour téléphone au volant n’est pas une simple formalité. L’administration ne plie que sur des arguments solides et étayés. Je vous livre ceux qui, dans mon expérience de formateur, reviennent le plus souvent et peuvent prospérer.

1. L’erreur sur l’objet tenu. C’est un grand classique. Vous teniez un paquet de cigarettes, un portefeuille, un mouchoir. L’agent verbalisateur, dans l’éclat du tableau de bord ou de loin, peut confondre un objet rectangulaire avec un téléphone. Votre preuve ? Un cliché de l’habitacle, un témoignage crédible, ou un enregistrement montrant vos mains.

2. L’absence de preuve formelle. Vous êtes verbalisé sans interception, par exemple via une vidéo. L’image doit vous identifier avec certitude (visage, plaque) et montrer clairement le téléphone en main. Si le cliché est flou, de dos, ou ne montre qu’un geste ambigu, vous avez un levier. « Verbalisation sans interception » signifie que vous n’avez pas été arrêté sur le moment. Le doute doit vous profiter.

3. Le défaut de procédure. L’avis de contravention doit être parfaitement rempli. Date, heure, lieu précis, signature de l’agent s’il est en format papier. L’identification du conducteur ne peut pas reposer sur une simple présomption. Si un PV est dressé à votre nom par un radar nouvelle génération, vérifiez si le cliché est bel et bien joint. Sans lui, la matérialité des faits est discutable.

4. L’usage d’un kit mains-libres intégré. Vous avez vocalement commandé un appel par les haut-parleurs de la voiture, sans jamais toucher l’appareil. Votre journal d’appels téléphoniques, couplé à la preuve du kit Bluetooth, peut constituer un dossier solide. Une photo de votre autoradio avec le logo Bluetooth actif ou une capture de l’écran de votre véhicule montrant le téléphone connecté en mode « mains-libres » est un bon début de preuve.

Ces justifications ne marchent plus : « Mon téléphone était juste sur le siège passager, je ne l’avais pas en main ». La loi ne l’interdit pas, mais un agent peut tout de même verbaliser s’il estime que vous l’utilisiez. Autre argument inopérant : « Je consultais juste l’heure, ce n’est pas une communication ». L’article R.412-6-1 ne fait aucune distinction. Tenir, c’est déjà être en infraction.

La procédure de contestation en 4 étapes chrono

Passons à la pratique. Vous avez des arguments. Voici la chronologie exacte à suivre pour contester, car le temps est votre pire ennemi.

  • Étape 1 : Ne payez surtout pas. Le paiement vaut reconnaissance de l’infraction. Vous perdriez tout recours. Vous avez un délai de 45 jours à compter de la date d’envoi de l’avis de contravention (article R.413-14 du Code de la route).
  • Étape 2 : Constituez votre dossier. Rédigez une requête en exonération claire, soit sur le formulaire papier joint à l’avis, soit en ligne sur le site de l’ANTAI (Agence Nationale de Traitement Automatisé des Infractions). Joignez-y toutes vos preuves : photos, témoignages écrits certifiés conformes par une pièce d’identité, facture d’un kit main-libre.
  • Étape 3 : La consignation. Pour que votre contestation soit recevable, vous devez consigner le montant de l’amende. Vous devez fournir un chèque de 135 € à l’ordre du Trésor public, joint à votre courrier de contestation. Ce chèque ne sera encaissé que si votre recours est rejeté par l’officier du ministère public (OMP).
  • Étape 4 : Envoyez le tout en recommandé avec accusé de réception (LRAR). Conservez une copie parfaite de chaque document envoyé. Votre courrier doit être expédié dans le délai de 45 jours, le cachet de la poste faisant foi.

Si l’OMP rejette votre contestation, le procès-verbal est transmis au tribunal de police. C’est le juge qui tranchera. Au tribunal de Bourg, j’ai vu des dossiers gagnés uniquement parce que le conducteur avait méthodiquement conservé toutes les copies de ses envois.

Le cas de la verbalisation sans interception (vidéo, radar)

Vous n’avez été ni arrêté ni même aperçu. C’est de plus en plus fréquent avec la vidéo-verbalisation ou les radars nouvelle génération. La contestation d’une amende téléphone au volant sans avoir été arrêté est spécifique.

Ces dispositifs capturent des images à distance. Votre marge de contestation repose sur la qualité et la force probante du cliché. Si l’image vous parvient (vous pouvez en faire la demande), examinez-la à la loupe : voit-on clairement vos mains ? Le téléphone est-il distinct de tout autre objet ? Votre visage est-il identifiable avec certitude ? Un seul cliché figé peut ne pas suffire à prouver un usage actif. Si l’image est floue, sombre, ou ne montre qu’une ombre, l’absence de preuve tangible est votre argument massue.

Mon conseil : En cas de verbalisation sans interception, demandez immédiatement le cliché via le formulaire en ligne de l’ANTAI. N’attendez pas la relance. La charge de la preuve incombe à l’administration.

Votre modèle de lettre de contestation

Pour vous aider, voici un modèle basique, à adapter selon votre motif réel. Remplacez les mentions entre crochets.

Objet : Requête en exonération — Avis de contravention n° [numéro]

Madame, Monsieur l’Officier du Ministère Public,

Par la présente, je conteste l’amende forfaitaire n° [numéro] reçue le [date] pour une infraction prétendue d’usage du téléphone tenu en main, en date du [date] à [lieu].

Au moment des faits, [décrivez précisément votre motif : je ne tenais aucun téléphone mais un autre objet / j’utilisais mon kit mains-libres intégré sans manipuler l’appareil / l’image fournie ne permet pas de m’identifier avec certitude ni d’établir la matérialité de l’infraction].

Je vous prie donc de bien vouloir classer sans suite cette contravention. Vous trouverez ci-joint [liste de vos preuves] ainsi que le chèque de consignation obligatoire.

Dans l’attente, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.

[Date, signature]

Questions Fréquentes

Faut-il payer l’amende avant de contester ?

Non. Payer éteint l’action publique. Vous reconnaissez les faits et perdez tout droit de contestation. Vous devez effectuer une consignation, qui n’est pas un paiement. C’est une garantie financière, remboursée si vous gagnez.

Oui, s’il est intégré et que vous ne tenez pas l’appareil. Un système Bluetooth avec commande au volant est parfaitement conforme. En revanche, conduire avec une oreillette unique est interdit, tout comme manipuler son téléphone posé sur un support pour lancer une application.

Puis-je contester sans avocat ?

Oui, la procédure est gratuite et ouverte à tous. Vous pouvez saisir l’ANTAI seul. Un avocat devient utile si votre recours est rejeté et que l’affaire va au tribunal de police, surtout si une suspension de permis est requise. Ceci n’est pas une consultation juridique, pour un cas complexe, faites-vous assister.

Anticipez plutôt que de contester dans l’urgence

Vous avez désormais une vision claire de vos droits et des délais pour contester une amende pour téléphone au volant. L’essentiel est de réagir vite, de ne pas payer, et de constituer un dossier cohérent. En stage la semaine dernière encore, un participant m’a confirmé avoir obtenu gain de cause simplement en prouvant que son téléphone était en panne ce jour-là. La rigueur paie. Mon dernier conseil ? Équipez-vous d’un vrai kit mains-libres. La meilleure contestation, c’est celle qu’on n’a jamais à faire.

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