Savez-vous que la France compte plus de 4 700 radars automatiques sur son territoire (chiffres ONISR 2024) et que ces dispositifs ont émis près de 13 millions d’avis de contravention en une année ? J’ai passé 18 ans en gendarmerie sécurité routière dont une grosse partie sur les opérations de contrôle radar. Voici précisément ce qui se passe quand vous êtes flashé, ce que vous risquez selon le type d’infraction, et comment ne pas céder à la panique sur les fausses bonnes idées qui circulent.
Quel type de radar vous a flashé ?
Pas tous les radars fonctionnent pareil, et certaines situations changent vos droits.
Radar automatique fixe (dit « radar tourelle » ou « cabine ») : c’est le plus courant. Il photographie le véhicule, transmet à l’ANTAI (Agence Nationale de Traitement Automatisé des Infractions) à Rennes, qui édite l’avis de contravention envoyé au titulaire de la carte grise. Délai : 5 à 15 jours en moyenne, jusqu’à 1 an légalement.
Radar embarqué (voiture banalisée) : utilisé en mouvement, géré par les gendarmes ou par un opérateur sous contrat (depuis 2018, certains sont privatisés). Mêmes sanctions, mêmes recours, mais la photo est plus rare (l’opérateur n’a pas toujours le matériel d’identification du conducteur, donc la responsabilité retombe sur le titulaire de la carte grise).
Radar de tronçon : calcule votre vitesse moyenne entre deux points (généralement séparés de 1 à 5 km). Si votre moyenne dépasse la limite, l’infraction est constituée. Particularité : impossible de ralentir 100 mètres avant le radar pour échapper — il faut ralentir tout le tronçon.
Radar feu rouge / passage à niveau : photographie deux fois, à l’entrée du carrefour et au franchissement. Doit prouver le passage après le feu rouge fixe. 6 points retirés + 135 € amende (4e classe).
Jumelles (cinémomètre laser) : utilisées par les motocyclistes en bord de route. Mesure instantanée, marge de tolérance plus faible (5 km/h en dessous de 100 km/h, 5% au-dessus). Peut donner lieu à interception immédiate.
Radar pédagogique : ne verbalise pas. Affiche votre vitesse en bord de route pour vous rappeler la limite. Aucun risque légal, juste un indicateur.
Le barème complet des excès de vitesse

C’est le tableau le plus utile à connaître. Les sanctions sont fixées par les articles R413-14 à R413-17 du Code de la route et dépendent du dépassement constaté après application de la marge technique (qui retire 5 km/h ou 5% selon la vitesse au-delà de 100 km/h).
| Excès constaté (après marge) | Classe | Amende forfaitaire | Points retirés | Suspension possible |
|---|---|---|---|---|
| Moins de 20 km/h hors agglo | 3e | 68 € (45 € minoré) | 1 point | Non |
| Moins de 20 km/h en agglo | 4e | 135 € (90 € minoré) | 1 point | Non |
| 20 à 29 km/h | 4e | 135 € (90 € minoré) | 2 points | Non |
| 30 à 39 km/h | 4e | 135 € (90 € minoré) | 3 points | Oui, jusqu’à 3 ans (tribunal) |
| 40 à 49 km/h | 4e | 135 € (90 € minoré) | 4 points | Oui, suspension administrative jusqu’à 6 mois (immédiate) |
| 50 km/h et plus | 5e (délit) | Tribunal correctionnel : jusqu’à 1 500 € (3 000 € en récidive) | 6 points | Oui, jusqu’à 3 ans + audience tribunal |
Exemple concret : vous roulez à 100 km/h sur une route limitée à 80 km/h. Marge technique de 5 km/h appliquée → vitesse retenue 95 km/h → dépassement de 15 km/h → contravention 4e classe → 135 € (90 € si payée sous 15 jours) + 1 point.
Autre exemple : 140 km/h sur autoroute limitée à 130 km/h (marge 5%) → vitesse retenue 133 km/h → dépassement de 3 km/h. Si la marge fonctionne, infraction retenue : 0. C’est ce qui explique pourquoi certains « flashes » ne deviennent jamais un PV — la marge a effacé l’excès.
Combien de points perdez-vous ?
Récapitulatif sec :
- Excès < 20 km/h : 1 point
- Excès 20-29 km/h : 2 points
- Excès 30-39 km/h : 3 points
- Excès 40-49 km/h : 4 points
- Excès ≥ 50 km/h : 6 points (délit)
Important : le retrait est effectif dès le paiement de l’amende ou la décision définitive (audience). Tant que vous contestez et ne payez pas, vos points ne bougent pas. C’est juridiquement légal — on appelle ça « l’effet suspensif de la contestation ».
À partir de quand y a-t-il suspension administrative ?

C’est la sanction qui inquiète le plus. Voici précisément les seuils.
Suspension administrative préfectorale (lettre 3F) :
À partir d’un excès de + 40 km/h, le préfet peut décider d’une suspension immédiate du permis, avant même l’audience tribunal. Concrètement :
- En cas d’interception directe par les forces de l’ordre (radar embarqué, jumelles), le permis peut être retenu sur place pour 72 heures.
- Ensuite, le préfet prend une décision dans les 72 h (article L224-2) : restitution OU prolongation en suspension administrative de 1 à 6 mois maximum.
- Pour les radars automatiques sans interception (cabine), la procédure passe directement par l’avis de contravention et le tribunal — sans phase administrative préalable.
Recours : la suspension administrative est contestable devant le tribunal administratif (recours gracieux 2 mois, puis contentieux). C’est typiquement le cas où un avocat droit routier intervient — référé suspension possible dans certains cas.
Quand l’excès devient délit (au-delà de + 50 km/h)
À partir de + 50 km/h au-dessus de la vitesse autorisée, l’infraction n’est plus une contravention mais un délit (article L413-1 du Code de la route, modifié par la loi du 7 octobre 2018).
Conséquences :
- 6 points retirés (le maximum pour une infraction unique)
- Convocation devant le tribunal correctionnel (ou ordonnance pénale)
- Amende jusqu’à 1 500 € (3 750 € en récidive)
- Suspension du permis jusqu’à 3 ans (judiciaire)
- Peines complémentaires possibles : travail d’intérêt général, stage de sensibilisation aux dangers de la vitesse, confiscation du véhicule
- Mention au casier judiciaire B2 — peut bloquer certains métiers réglementés
En cas de récidive dans les 3 ans, c’est encore plus lourd :
- Amende jusqu’à 3 750 €
- Suspension obligatoire jusqu’à 3 ans
- Confiscation obligatoire du véhicule
- Travail d’intérêt général possible jusqu’à 240 heures
À ce niveau, un avocat droit routier n’est plus une option mais une nécessité — les conséquences sortent largement du cadre d’un simple PV.
Cas particuliers : jeune permis et conduite professionnelle
Jeune permis (probatoire)
Capital de départ : 6 points, qui monte à 12 en 3 ans (2 ans en AAC). Un seul excès à 40 km/h au-dessus (4 points) ramène le solde à 2 — un autre incident, et c’est la lettre 48SI (invalidation).
Particularité : à partir de 3 points perdus d’un coup pendant la période probatoire, vous recevez une lettre 48N qui vous oblige à suivre un stage de sensibilisation à la sécurité routière dans les 4 mois. Stage à vos frais (180-280 €), pas de points récupérés (c’est obligatoire, pas volontaire), juste vous évitez une amende supplémentaire.
Conduite professionnelle (chauffeur, taxi, VTC, livreur)
L’enjeu est massif : la perte du permis = la perte de l’emploi. Les sanctions sont les mêmes que pour les particuliers, mais les conséquences sont disproportionnées.
Recommandations :
- Contester systématiquement les infractions à enjeu (≥ 3 points ou suspension), avec un avocat droit routier
- Demander un permis blanc (autorisation de conduire pour le travail) en cas de suspension — décision discrétionnaire du juge
- Anticiper avec un stage dès que le solde tombe sous 8 points, pour limiter le risque
Comment contester un radar légalement ?
C’est la partie la plus piégée. Voici les motifs valables de contestation :
1. Vous n’étiez pas le conducteur : vous désignez le vrai conducteur (CERFA 41) sous 45 jours. C’est légal et recommandé si vous avez prêté votre véhicule.
2. Vice de procédure caractérisé : erreur dans l’avis (immatriculation, lieu, date inexacts), absence d’éléments obligatoires sur le PV.
3. Calibration du radar expirée : tous les radars doivent être vérifiés annuellement. Si la date de calibration est expirée au moment du flash, le PV est attaquable. L’avocat demandera le rapport de calibration au tribunal.
4. Photo ne montrant pas le véhicule : il arrive qu’un radar flashe un véhicule mais que la photo soit floue, masquée, ou identifie mal la plaque. L’amende est alors annulable.
5. Doute sur la signalisation : si la limite de vitesse n’était pas correctement signalée (panneau manquant ou non visible), la contestation peut prospérer — preuve photographique nécessaire.
Motifs qui ne marchent PAS :
- ❌ « Je ne me souviens pas d’être passé là » — pas un motif
- ❌ « Je conduis mal mais je n’ai jamais eu d’accident » — pas un motif
- ❌ « Le radar est mal placé » — la position du radar n’est pas un motif de contestation
- ❌ Désigner un faux conducteur — délit pénal : 3 ans prison + 45 000 € amende
Procédure :
- Délai : 45 jours à partir de la date d’envoi de l’avis (cachet de la poste)
- Document : formulaire de requête en exonération joint à l’avis, ou téléchargeable sur antai.gouv.fr
- Consignation : vous devez consigner l’amende (verser le montant en caution, qui vous sera remboursé si vous gagnez)
- Suite : ordonnance pénale (jugement sur dossier) ou audience publique selon la gravité
Sources
- Service-Public.fr : Excès de vitesse
- Sécurité Routière : Les sanctions encourues
- Légifrance : Articles R413-14 à R413-17 du Code de la route
FAQ
Combien de temps avant de recevoir l’avis de contravention ?
En moyenne 5 à 15 jours après le flash. Légalement, l’ANTAI dispose de 1 an pour vous envoyer l’avis. Au-delà de 1 an, l’infraction est prescrite.
Le flash peut-il être effacé par la marge technique ?
Oui. La marge technique est de 5 km/h en dessous de 100 km/h et de 5% au-dessus de 100 km/h. Si le flash mesure 53 km/h en zone 50, marge appliquée → 48 km/h → pas d’infraction. C’est ce qui explique pourquoi certains flashes ne deviennent jamais un PV.
Mon véhicule est passé en location au moment du flash. Que faire ?
Vous désignez le locataire (le contrat de location de la société est votre preuve) via le CERFA 41 sous 45 jours. La société de location transmet directement au conducteur dans la majorité des cas.
Combien de temps pour récupérer un point perdu sur un excès de vitesse ?
Pour un excès en 4e classe (le plus courant) : 3 ans sans infraction pour récupérer le capital plein. Vous pouvez aussi faire un stage volontaire (180-280 €) pour récupérer jusqu’à 4 points immédiatement, 1 fois par an.
Peut-on conduire pendant la contestation d’un excès de vitesse ?
Oui, tant que la contestation est en cours et que vous n’êtes pas sous le coup d’une suspension administrative. Le retrait de points est suspendu pendant l’instruction. La contestation prolonge donc le délai avant retrait — pratique si vous voulez « passer » un stage de récupération avant que les points ne tombent (stratégie validée par les avocats droit routier).
J’ai été flashé deux fois sur la même portion en quelques minutes. Vais-je avoir deux PV ?
Oui, en principe. Chaque flash = un PV. Toutefois, si les deux passages sont dans une fenêtre temporelle très courte (quelques secondes) et techniquement liés (radar de tronçon), seul un PV est généralement édité — c’est à vérifier sur l’avis reçu.
Le contrôle technique de la limite de vitesse (RX) compte-t-il comme infraction ?
Non. Le « radar » au sens propre mesure la vitesse instantanée. Les radars pédagogiques affichent la vitesse sans verbaliser. Les avertisseurs GPS Coyote, Waze, Google Maps sont légaux. Seul l’usage d’un détecteur de radar physique (signal de l’onde radar) est interdit et passible de 1 500 € d’amende + 6 points + confiscation de l’appareil.
J’ai reçu un courrier de l’ANTAI mais l’amende a déjà été payée par mon employeur. Vais-je perdre les points ?
Si la flotte de l’entreprise désigne le conducteur (vous), oui — les points seront retirés à votre permis. Si l’entreprise ne désigne pas, c’est l’entreprise (personne morale) qui paie une amende plus lourde mais aucun point n’est retiré à un permis individuel. Depuis 2017, la désignation est obligatoire pour les véhicules d’entreprise, donc le scénario sans désignation est devenu rare.
Cet article a une vocation informative. Pour toute contestation impliquant audience tribunal, suspension administrative préfectorale ou délit (excès ≥ 50 km/h), consultez un avocat spécialisé en droit routier.